La logorrhée présidentielle ou la fin de la rareté médiatique
Beaucoup se sont étonnés du nouveau style de communication impulsé par Nicolas Sarkozy, le jugeant peu conforme à la tradition de la Vè république qui a longtemps positionné le président en monarque distant.
Le style Sarkozy tranche avec ce style, comme le confirme la fin d'une autre tradition justement : celle du discours du 14 juillet. Cette posture de communication, en réalité, est davantage liée à la stratégie médiatique d'un homme qu'à l'esprit des institutions. Cet homme n'est pas comme on pourrait le penser, François Mitterrand, mais son fidèle conseiller en communication, Jacques Pilhan.
Dans l'un des rares entretiens qu'il avait accordé de son vivant, Jacques Pilhan avait ainsi exposé dans la revue "Le Débat" (L'écriture médiatique, Nov. - Déc. 1995) son credo en matière de gestion parcimonieuse de la parole présidentielle.
En tant qu’homme public, si je parle souvent je me confonds avec le bruit médiatique. La fréquence rapide de mes interventions diminue considérablement l’intensité du désir de m’entendre et l’attention avec laquelle on m’écoute. Si, en revanche, je me tais pendant un moment, le désir de m’entendre (…) va s’aiguiser.
Devenu, après le départ de François Mitterrand de l'Elysée, conseiller de son successeur, Jacques Chirac, il est surtout devenu le mentor de sa fille Claude Chirac, en charge de la communication du Président, son père. De cette filiation est née cette tradition, d'un président à l'autre.
Dans son interview accordée au JDD hier, dans lequel il revient sur sa décision de mettre à fin à la traditionnelle allocution du 14 juillet, Nicolas Sarkozy met fin du même coup à cette habitude de communication longue de plusieurs quinquennats.
La prise de parole obligée, convenue, à date fixe, le 14 juillet ou un autre jour, ce n'est pas ma conception du dialogue avec les Français. (...) Ce n'est pas la rareté qui fait la force de la parole présidentielle mais ce qu'elle exprime.
On ne saurait être plus clair.
Lire aussi :
- "Les premiers jours de Nicolas Sarkozy : une nouvelle communication politique", par Bernard Sananès, qui faisait déjà référence il y a quelques semaines à l'abandon de la doctrine Pilhan.
- Un résumé du parcours de Jacques Pilhan, sur le site d'Arte

Commentaires