Stanislas m'a fait part d'une remarque assez juste, dans le constat, et qui tend à me conforter, quant au fond. J'aurais parfois un train de retard, ou serais en léger décalage par rapport à l'agenda médiatique - ce qui inclut à mon sens la blogosphère et les médias sociaux qui occupent dorénavant une place de choix dans le paysage médiatique. Passons sur les circonstances qui me limitent en effet dans ma capacité à réagir au plus près de l'actualité, venons-en au mode d'écriture qu'il me plaît de suivre ici ou ailleurs.
Immédiateté, court-termisme, myopie. Ces mots, et bien d'autres encore, reviennent dans de nombreuses bouches bien intentionnées pour condamner l'évolution du capitalisme et d'un de ses principaux supports, le marché. Cela commence par des fonds d'investissement qui exigent une rentabilité immédiate aux entreprises, simples actifs de courte durée, qu'ils détiennent dans leur portefeuille. Cela se poursuit par des acteurs bancaires plus inquiets du volume de leurs créances que de leur solidité (crise du crédit immobilier aux Etats-Unis liée à l'insolvabilité de nombre de débiteurs).
Qu'en est-il dans les médias ?
Qu'en est-il dans les médias traditionnels ? Concernant les médias soumis à la contrainte de l'audience et des revenus, essentiellement les titres de presse et les chaînes de TV et de radio, la tentation est forte pour les rédactions de parler des sujets auxquels s'intéressent les Français. Or quels sont ces sujets ? Ceux dont tout le monde parle. Drôle de phénomène que celui de l'amorçage des thèmes dans l'agenda médiatique. On observe le plus souvent un traitement symphonique de l'information dans les médias traditionnels. Pas une fausse note, tout le monde parle bien de la même chose au même moment, de peur de perdre des lecteurs ou téléspectateurs en route. Il y a à cela un avantage : la création d'un espace public de partage et d'échanges sur des sujets communs. L'inconvénient principal a déjà été évoqué : l'absence de traitement au long cours de sujets, les nouveaux chassant les précédents. Bruno Frappat, un de mes éditorialistes préférés, avec sa pensée concise et profonde et une plume à nulle autre pareil, directeur de la publication du quotidien La Croix, l'a très bien dit en insistant sur la nécessité d'aller à contre-courant, d'envoyer des journalistes là où leurs confrères ne sont justement pas. Rendons néanmoins hommage à certains qui savent maintenir un sujet sur l'agenda quand la majorité des médias de masse l'oubient, à l'instar du traitement récurrent de la crise au Darfour par Le Monde.
Qu'en est-il dans les médias sociaux ? Je commence par la bonne nouvelle. Beaucoup d'entre eux ne subissent pas la pression publicitaire et sont donc libres de parler de ce qu'ils souhaitent, sur le ton qui leur plaît. Je ne vous fais pas languir davantage et en viens à la mauvais nouvelle, ou plutôt à la nuance. Si nous ne sommes obligés de rien (et les obligés de personne), collectivement nous respectons bien les règles précitées de l'agenda médiatique. Jugez-en par le graphique suivant portant sur le volume de billets relatifs au Grenelle de l'environnement d'une part et aux régimes spéciaux de fonctionnaires d'autre part.
Au creux de l'été, la blogosphère semble abandonner la réforme des régimes spéciaux de retraites lors même qu'il y a tant à dire sur leur raison d'être, sur leur genèse, sur leur inadaptation éventuelle aux enjeux démographiques et économiques de notre époque. Au lieu de bien expliquer la problématique, et de déminer le problème en amont, nous nous jetons dans l'arène comme une foule dans un stade juste avant le coup d'envoi du spectacle. En l'occurrence, cela est d'autant plus dommage que le sujet qui pâtit de cet engouement médiatique est bien moins contingent, à l'échelle de la planète et de l'histoire, que l'organisation de notre système de protection sociale.
Je m'étais déjà attardé sur la question du traitement instantané de l'information et maintiens mes conclusions d'alors : je me vois bien mieux écrire dans la distance et la durée que dans l'ombre immédiate d'un événement tout proche dont nous ne devinons pas encore les entiers contours.
Aussi, je vous proposerai très prochainement une série de billets sur ... le Grenelle de l'environnement, ou plus précisément sur les modalités du débat à venir.

