Force est de constater que Thierry Solère avait raison : ce débat là ne serait pas un débat comme tant d'autres promettait-il, en parlant du Grenelle de l'Environnement.
C'est à l'occasion d'une rencontre avec Nathalie Kosciusko-Morizet et quelques blogueurs, dont votre serviteur, que Thierry Solère avait reformulé la question initiale posée ("Mademe le ministre, pouvez-vous nous citer une idée qui aurait émergé de la consultation deu Grenelle sur internet") pour en venir à parler des différences réelles ou perçues entre un débat sur internet "de droite" et "de gauche". Entendez par là, un pseudo-exercice démocratique où d'un côté les décisions seraient courues d'avance, et de l'autre, la discussion se substitue à la décision.
En l'occurrence, tout le monde s'accorde aujourd'hui à dire, avec plus ou moins de relativisme, que le long débat du Grenelle de l'Environnement off- et on-line a bel et bien abouti. Le verre peut être à moitié plein ou à moitié vide, mais le fait que le verre n'est tout simplement pas volé en éclats est en soi un exploit.
En ce qui concerne la séquence des débats sur le web, elle ne fut pas vaine, moins par ce qu'il a pu en ressortir en termes de propositions concrètes, par la magie de "l'intelligence des foules" (en l'espèce, aucune contribution retenue n'émane des consultations en ligne, mais le processus n'était pas conçu pour cela), mais bien, comme l'explique NKM dans la suite de la vidéo, par la possibilité donnée aux Français de s'impliquer dans la discussion.
Ce qui comptait avant tout dans ce
débat public, c'était d'en parler, en bien, en mal, peu importe, du moment
que les Français en parlaient. La légitimité démocratique à cette aune,
c'est un peu comme ce vieil adage de la publicité : "peu importe
qu'elle soit bonne ou mauvaise, du moment qu'elle fasse parler".
Bien que jeune, NKM a déjà à son actif la solide expérience du parcours
du combattant que fut la Charte de l'environnement. Elle en a tiré les
leçons, et c'est sans doute ce qui l'a amené à "passer par le peuple"
dans le plus pur style sarkozien, pour donner aux réformes proposées
l'onction populaire avant leur passage sous les fourches caudines du
Parlement et de l'administration. "Vous en rendrez compte aux Français" aime à dire le président. Encore fallait il que les Français demandent des comptes, et en l'occurrence, ils ont répondu présents.
Comble de cet exercice en dérivation institutionnelle, cette stratégie de communication politique ne fut pas tant un exercice de persuasion du public qu'un travail de lobbying inversé, c'est à dire un travail de pression du gouvernement allié à l'opinion, envers les parlementaires et les stakeholders économiques encore réticents.
Ainsi coincé entre la volonté présidentielle et la pression de l'opinion publique, il ne fait pas bon s'opposer. Du grand art !
