Félicitations pour ton blog et bienvenue dans le monde de la communication partagée. J'ajoute un concept à ceux que tu développes ici (l'objet de communication ou encore l'indice de communicabilité). Je lui donne corps sans plus attendre.
Que l'objet de communication lui-même - et non son substrat idéologique (politique), fonctionnel (produits et marques) ou informatif (médias) - en soit venu à dicter les comportements et objectifs de ceux qui ont une une réalité (forcément perçue et subjective) à véhiculer, c'est une tendance lourde et à bien des égards critiquables. Dans le même temps, comme tu t'attaches à le faire remarquer dans tes précédents billets (ici), tout objet n'a de réalité que s'il est médiatisé, ou communiqué - laissons pour le moment à l'ésotérisme et à la philosophie le soin de traiter des questions de vérité immanente. Pour exister aux yeux des autres, il faut transcender, se projeter à l'extérieur. Un objet n'a d'existence que s'il est perçu par ceux à qui il est destiné : clients, électeurs, citoyens, usagers, partenaires, etc. Dès lors, il n'est pas surprenant que la communication puisse devenir aussi, sinon plus, importante que l'objet qu'elle sert, puisque ce dernier n'est rien sans elle.
Ceci dit, il est certain que sous nos différentes identités parfois aporétiques, tantôt consommateur d'un produit au meilleur prix, tantôt citoyen écologique, nous ne nous satisfaisons pas des dérives qui accompagnent l'acte de médiatisation. Comme le révèle par exemple la dernière édition de l'étude "Publicité & Société" Ipsos-Australie, les Français sont de plus en plus méfiants à l'égard de la publicité, sans doute lassés des promesses et injonctions trop en communication, et pas assez en substance. Il en va de même pour l'information, où l'événement devient l'objet et le spectateur sceptique.
Pourtant, ce paradigme évolue avec la redistribution des rôles favorisée par les technologies de l'information et de la communication. Là où j'étais simple récepteur d'information, je façonne aussi l'agenda dialectique (les sujets dont l'on parle dans l'espace public) et deviens connecteur. Là où j'étais consommateur, je remets la substance au coeur de l'agenda médiatique (les sujets qui font l'objet d'une communication) et m'attèle à résoudre l'équation jusqu'alors improbable "consommateur = citoyen". En somme, l'objet de communication est soumis à un oeil critique. L'acte de communication cesse d'être isolé pour redevenir partagé - un retour aux sources pour un mot du 13ème siècle qui évoque la mise en commun, le partage.
Pour revenir sur l'étude "Publicité & Société", notons avec intérêt que ceux-là mêmes qui se réapproprient de plus en plus les objets de communication, à savoir les internautes, sont ceux qui se montrent les plus méfiants à l'égard de la publicité. Depuis 2 ans maintenant, le retour de la politique dans l'agenda dialectique, et plus seulement dans le médiatique, a favorisé des échanges approfondis entre les citoyens - certes non exempts de raccourcis et mensonges - et plus seulement entre leurs représentants partisans. Le taux de participation aux consultations électorales est l'indicateur de cette santé retrouvée.
Publicité, communication institutionnelle, politique ou encore journalisme. Pour bien véhiculer leurs messages, tous vont devoir prendre en compte ce nouveau paradigme de la communication. A défaut, ils vont à leur perte, peut-être lointaine, mais certaine.
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