Quelle formation politique, quelle ONG ou quelle institution ne rêve-t-elle pas de mobiliser des influenceurs au service de ses ambitions, de ses idées ? Et bien qu'elles n'hésitent plus, les blogs sont faites pour elles. Les lecteurs de ce blog s'en doutaient déjà peut-être, mais en homme mesuré, j'apprécie toujours les études qui viennent corroborer mes impressions.
L'agence Edelman (via sa structure études StrategyOne), d'ailleurs bien représentée dans la blogosphère (MicroPersuasion ou encore SixtySecondView pour n'en citer que deux), a présenté à un petit groupe de blogueurs les résultats d'une étude sur l'audience des blogs aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne et en France.
Avant de poursuivre le propos, notons que l'étude, dont la portée comparative est très intéressante, a été réalisée avec une méthodologie de recueil auto-administrée en ligne. Autrement dit, ce sont des internautes, et exclusivement des internautes, qui ont été interrogés sur leurs pratiques de lecture. Dès lors, il y a un très net biais, tout à fait acceptable (il n'y a pas d'étude sans biais), en faveur des médias sociaux. En effet, il n'est pas difficile d'imaginer que la même étude, conduite sur un échantillon de la population internaute et non-internaute, aurait fait ressortir des chiffres plus en bernes. Néanmoins, pour tout spécialiste des RP en ligne, les échantillons d'Edelman sont bien représentatifs de la population qui nous intéresse, les internautes...
Notons premièrement que la France et les USA comptent apparemment la même proportion de lecteurs de blogs, près d'1/3 de la population Internaute (contre 25% au Royaume-Uni et 18% en Allemagne). Ce chiffre est du même ordre que celui avancé par Médiamétrie (9 millions de lecteurs de blogs en France). Concernant le Royaume-Uni, il semblerait que les sujets de sa Majesté soient davantage tournés vers les réseaux sociaux que vers les médias sociaux.
En termes d'intensité de lecture, si 1/3 des internautes lisent des blogs au moins une fois par semaine aux USA et en France, ils ne sont plus qu'1/10 à en lire quotidiennement (1/20 en Allemagne et au Royaume-Uni). Ainsi, alors que 8 millions de Français lisent la presse quotidienne nationale (tous les jours), ils sont environ 3 millions à lire des blogs sur le même tempo.
Venons-en maintenant à une sous-population qui intéressera toutes les agences de communication qui s'intéressent aux leaders d'opinion, connecteurs, prosumers, influenceurs et j'en passe. Edelman a en effet isolé, au sein de son échantillon, ceux que l'étude appelle les "citoyens actifs". Il s'agit de personnes impliquées, au-delà d'Internet, dans la vie de la cité : interpellation d'hommes ou femmes politiques, participation à des réunions publiques ou meetings politiques, candidatures à des fonctions politiques, signature de pétitions, etc. De nouveau, les résultats des USA et de la France sont similaires, avec environ 1/4 de citoyens actifs parmi les internautes (c'est ici que le biais de recueil doit jouer à plein, avec un résultat sans doute nettement plus élevé de ce qu'il aurait été si le sondage avait été réalisé par téléphone). Au Royaume-Uni ils sont 1/5, et 1/10 en Allemagne.
Sans surprise, ces citoyens actifs, que l'on pourrait aussi qualifier de relais d'opinion (pas nécessairement de leaders, ni de connecteurs ou d'influenceurs), lisent davantage les blogs que la population internaute prise dans son ensemble. Près de la moitié des citoyens actifs lisent des blogs (au moins une fois par semaine) aux USA, en France et en Allemagne (1/3 au Royaume-Uni, toujours à la traîne). Qui plus est, les citoyens actifs sont plus prompts que la moyenne à agir (signer une pétition électronique, interpeller, participer) après avoir lu un blog :
- Royaume-Uni : 64% des citoyens actifs prompts à agir (34% des internautes en général)
- France : 48% des citoyens actifs prompts à agir (31% des internautes en général)
- USA : 45% des citoyens actifs prompts à agir (29% des internautes en général)
- Allemagne : 37% des citoyens actifs prompts à agir (17% des internautes en général)
De l'autre côté du miroir d'Alice, il y a le pays des merveilles. De l'autre côté du miroir des médias sociaux, il y a des lecteurs et relais d'opinion apparemment susceptibles d'agir après y avoir plongé leur regard. Voilà donc des territoires d'action à occuper pour les organisations qui travaillent l'espace public (politique, associatif, etc.)
Reste maintenant à savoir comment bien aborder les artisans des médias sociaux...
