L'année 2007 commençait pourtant bien : TIME venait de vous/nous élire personne de l'année ; l'avenir appartenait aux blogs et aux youtubers ("podcasteurs", c'est has been depuis au moins 18 mois).
2007 allait voir ce qu'il allait voir... c'est à dire, pas grand chose au final.
Certes, la technologie n'a cessé d'évoluer, et l'année fut riche en anecdotes et rebondissements, mais comme dans toute bonne révolution qui se respecte, on aboutit finalement pas loin de la case départ.
C'est le constat que fait, non sans malice, TIME magazine, en
conclusion de son numéro sur la personne de l'année (Vladimir Poutine,
qui, en matière de révolution avortée, en connaît un bout d'ailleurs).
Au "YOU" tonitruant de la couverture de 2006 succède un "THEM" farceur
mais réaliste.
Et l'éditorialiste de Vous/Nous rappeler toutes ces bonnes résolutions éventées :
"We named You person of the year 2006 for seizing the reins of the global media, for founding and framing the new digital democracy, for working for nothing and beating the pros at their own game
(...)
avant de porter l'estocade :
"But who made the big noise in the Web 2.0 world this year? It was Them. The professionals, the old-media people, the moneymen--all of Them, conscious that there was profit in Your little labor-of-love socialist paradise. Story of Your life, right? You make the discoveries, They make the Benjamins.
So if 2006 was the year of You, 2007 was the year of Them. Big media companies (like this one) stuffed their sites with blogs, podcasts and video. Celebrities became Web entrepreneurs. Hillary Clinton made a Sopranos-parody viral video. In 2006 the Web was a proving ground where new musicians could take their art directly to the public. And maybe it still is, but what band struck it big selling its new album online this year? A little undiscovered combo called Radiohead."
Certes, l'article se veut sarcastique mais il n'en est pas moins juste à bien des égards, notamment lorsqu'il explique que nous avons dépassé le stade du Us vs Them, de l'opposition stérile entre les anciens et les modernes.
Ce qui s'est vraiment passé en 2007, c'est l'émergence des médias hybrides, qui ont su marier ressources, professionnalisme, et dimension participative (que l'on appelait jadis, en l'An 1.0 du web, "interactivité").
Bien malin qui aujourd'hui peut tracer une frontière claire entre les "MSM" et les médias participatifs. Quel site de grand média ne présente pas aujourd'hui un espace de commentaires, de réactions aux billets articles ? n'offre pas la possibilité de soumettre des contenus ?
El Pais est allé jusqu' à installer un bouton "Corriger" au bas de ses articles, tandis que l'honorable Wall Street Journal s'est acoquiné avec Digg pour élargir son lectorat au-delà des vieux barbons et jeunes loups de la finance.
Quel média a le plus fortement émergé cette année en France ? Ce n'est pas Agoravox, bien que le site rencontre toujours un succès réel, mais Rue89, devenu l'archétype du média hybride. C'est cette évolution -en fait de révolution- que consacre la conclusion de l'article, ou se mêle cette fois le cynisme à l'ironie :
Maybe what really happened in 2007 was not that They took over from You but that the boundaries between You and Them blurred. In some cases, You became one of Them, by cashing in on old-media celebrity. (...)
Of course, all this assumes You define success in Their terms: signing contracts, getting paid, making the cover of this magazine. Fact is, You're probably just as glad to take off that Person of the Year 2006 tiara and go back to dreaming up the future and getting recognized for it, much later, by the rest of us (souligné par nous).
Qui sait. Si Vladimir Poutine avait été élu président de Facebook, la face du TIME en aurait peut être été changée ;-).
"And who knows which is which and who is who.
Up and down.
But in the end its only round and round.
Havent you heard its a battle of words"
(Us and Them, The Pink Floyd)
